Je suis hanté.
J'ai mes fantômes. Casper ? Placard au balais ? Houuu ? Cling cling ? Non. Dommage.
Je n'ai pas ces fantômes. Je n'ai même plus peur des araignées, en fait. Je n'ai pas peur du noir ou peur de la foule. Je n'ai pas peur de la hauteur ou des bouches d'égouts. Un chien est mon ami, le serpent me fascine. Tu sais, je n'ai pas peur que le ciel me tombe sur la tête, je n'ai pas l'esprit de mes aieux qui me surveille à chaque instant.
Je ne crois pas en Dieu ou au jugement dernier. Je ne crains pas de rater mes examens, je ne suis pas habité de la peur de l'échec ou du vert dans mon assiette.
Mes fantômes n'ont pas de noms. Mes esprit n'ont pas de corps. Juste des tons, des mots.
"Hache"
"Coup à bout touché appuyant"
"L'effondrement du lobe temporal suite à l'irruption du projectile dans la boite craniene, qui a rebondi contre le lobe latéral gauche, d'où la présence des échymoses en lieu et place des orbites frontales"
"50 kilos de soude et on en parlait plus"
"De la viande froide à faire disparaître"
"Une famille sodomite et menteuse sur son histoire"
"Hache"
"Légitime défense"
"Platrier"
"Nous avons procédé à des incisions à la base du cou afin de retrousser la peau sur une vingtaine de centimère. Cette observation a permis de détecter la présence de 10 échymoses autour du cou, espacés de deux centimètres environ chacun."
"L'incision le long des avant bras a permis de déceler entre le derme et l'épiderme 34 taches de coagulation. Selon l'angle de l'impact, et la présence des mêmes taches en lieu et place des genoux, que la victime était à genoux les bras en croix au dessus de sa tête."
"Hache."
"40 000 Francs."
"12 ans."
"C'est pas moi, j'ai rien fait."
"Il m'a attaqué."
"Coupable."
Entendre tout ca, lire tout ca, ne prend que 34 secondes. Ca a duré ainsi une semaine, 11 heures par jour.
J'arrête là. Le message est passé.
Mes fantômes sont à chaque instant. Quand j'entends parler à la TV d'un meurtre, quand on me dit les mots "médecin légiste", quand on me parle de révolver, quand je vois une hache, quand on me parle de Strasbourg ou d'un tribunal. Quand on rigole en faisant "
Paoum Paoum" avec ses doigts ...
Tout le temps, en fait, j'ai un lien qui se fait. Mais il disparait souvent aussi vite qu'il apparait. Oui, hein. J'ai mes fantômes, et je veux que tu saches parce que c'est vrai, qu'ils sont tous les jours avec moi.
A 19 ans, à 23 ans, c'est trop à entendre, c'est pas normal, c'est trop tôt, trop tard, trop vite. C'est un truc qu'on ne rencontre nulle part, ca n'arrive qu'aux autres, hein, ca n'arrive qu'aux autres. J'ai rien demandé, moi.
C'est tout ce que je voulais dire, Monsieur le président. Je n'ai rien d'autre à ajouter.