L'Arcadie
Duellement, vous êtes particulièrement sensible à la valeur d'un moment, dans le sens où à chaque instant quelque chose de nouveau se joue, et engage sur des évènements qui sont liés les uns aux autres. Vous faites partie d'une chaine, et sans vouloir flatter votre égo à vous dire que vous en êtes le maillon central, vous voulez croire que cette chaine est un tout avec votre présence. Ce lien est fondamental pour votre survie psychique, ce qui ne vous rend pas indispensable, vous ne le croyez pas, mais aimez à penser à l'harmonie des choses.
Ainsi liée, vous construisez des liens et des ponts entre les personnes de votre entourage afin de réaliser une sorte de projet utopique d'harmonie dans votre entourage intime et plus vaste. Vous voulez pouvoir regarder votre paysage personnel avec une contemplation heureuse.
Avec un tel Ascendant, votre comportement laisse apparaître qu'aux yeux des autres, vous êtes idéaliste, altruiste, détaché, indépendant, original, surprenant, doué, contradictoire, innovant, humaniste, sympathique, amical, sûr de vous, impassible, calme, intuitif, créateur, charitable, insaisissable, déroutant, généreux, tolérant, paradoxal, ne supportant aucune contrainte, mais vous pouvez aussi être marginal, résigné, distant, utopique, inadapté, excentrique et froid.
Fidélité et persévérance sont vos marques de fabrique.
Physiquement, vous êtes aveugle. Vous ne voulez pas voir ou être vue. Les moments de soulagement sont ceux qui vous coupent de toute stimulation extérieure. Sous entendre, sous la couette. En dehors de ces moments, vous osez. A chaque instant, vous osez, mais vous tressaillez. Le dehors est un champ de bataille Verdunesque, les obus sifflent à vos oreilles et vous
évitent. Un impact et tel l'escargot, vous vous enfermez d'une fraction de pet de mouche dans une coquille à l'épreuve des balles. On n'avait qu'à pas vous dire ça. D'un geste de dégout, vous jetez vos fripes dans le broyeur néodésintégratomiquationneur, et vous jurez que jamais, plus jamais. Et pourtant, il existe un pays de l'Ange, où le monde est exact.
Les femmes ont les cheveux longs, aux épaules. De grands yeux expressifs et plein à exploser, de larmes et de tressaillements, de joie et de moments. Elles ont une touche de gracilité qui fait de chacune d'elle une icône d'exception.
Les hommes ont le pas assuré, et le rire franc. Ils ont le nez espiègle et le parler ciselé. Tous écrivains, ils manient la plume comme le soldat l'épée. Leur arme est alors leur assurance. Grand orateur, chaque homme est appelé à diriger, pendant 14 heures, le monde. Pendant ces 14 heures, il fascine et rassemble. Pendant ces 14 heures, il parle, et le monde qu'il dirige s'arrête. Parce qu'il parle. Et qu'il ressent, qu'il EST ce monde qu'il dirige. 14 heures qui ne valent qu'une seconde, puisque le monde s'arrête et d'une humanité de cerveau pendant 14 heures il n'y en a plus qu'un seul.
Une seule ouïe, un seul toucher. L'odorat d'un monde qui se voit réciproquement avec lui même, qui s'entend en circuit fermé, sortant d'une oreille et rentrant dans une autre. Jonction et fusion.
Ces hommes et ces femmes ne font pas d'enfants. On ne sait pas si ils meurent. On ne sait pas où ils vont. Mais personne ne pose la question. Qui se soucie de son propre sort quand personne ne lui pose de questions ? Alors ils vont. Chaque jour dure 27 heures, et ils ne dorment pas. Un visiteur étranger, arrivant d'une autre planète, se demandera comment ils font. Perdu, il courra, de maisons en maisons, de châteaux en palais, pour comprendre comment ils font pour ne pas dormir, pour vivre pleinement leurs 27 heures de journée.
Epuisé de courir, il s'écroulera. A travers ses paupières mi-closes, il verra les ombres continuer leur chemin, 25 heures, 26 heures. Puis elles se fermeront, et pendant son sommeil à lui, se passera peut être ce qu'il n'aura pas trouvé. Alors il se réveille, et se remet à courir.
Ce visiteur ne percera le mystère qu'une fois qu'il se sera arrêté de chercher. Il ne comprendra qui sont ces Hommes et ces Femmes qu'après avoir arrêté de leur parler, qu'après avoir cessé de forcer les verrous de leur sphère. Il pourra avoir été 1078 fois dans leur domicile, avoir ri dizaines et dizaines de fois avec eux, bu, chanté, dansé, fait l'amour, il n'aura pas accedé à leur sanctuaire.
Il aura partagé mille et une anecdote avec eux. Un jour il sera là pendant 14 heures d'affilée, et ce jour là il aura connu un dirigeant du monde. Ce jour là son cerveau aura fondu, n'aura plus existé et ses yeux se seront fermés, ces oreilles se seront scellées, ses doigts seront devenus du plomb, son nez sera tombé. Mais il aura continué à voir, à sentir, à ressentir, à entendre et à apprécier, parce qu'il aura compris que depuis le début il ne lui fallait pas courir après quelque chose,
mais seulement s'assoir et recevoir ce qui lui était sous les yeux depuis le début. Il lui fallait seulement l'accepter, mais pour cela, il fallait le reconnaitre et s'arrêter, juste un instant.
Alors il se penche, ramasse cette petite chose. Cela vibre et gronde, cela ressemble un instant à un cœur palpitant, et l'instant d'après à un œuf. D'un coup c'est la galaxie entière qu'il tient dans ses doigts, et le temps de cligner de l'oeil, d'immensité c'est devenu courant d'air, filament de coton qui ne pèse rien. Il sert les doigts, cela tressaille. Il compresse son poing, cela hurle, cela vit, ressent !
Il se relève et repart avec. Il a un petit sourire. Il a compris le secret de la planète de l'Ange, un peu, pas beaucoup. Il ne sait pas encore, il ne sait pas trop quoi en faire. Mais il n'est plus un visiteur étranger.
Il est un ami.
