Un deux moi.

Posté par ©mAPk pro le 3 octobre 2007 qui était d'humeur Passionné

En fait, je me regardais les doigts de pieds.
Passant mes phalanges entre chaque interstices, je me suis rendu compte que j'avais deux deux gros orteils.
Intrigué, je vérifie.

Un, deux. Un à gauche, un à droite. Ils sont relativement semblables, même si celui de gauche semble avoir une forme un peu miroir avec celui de droite. A moins que ça ne soit l'inverse, je n'arrive pas bien à situer.

Intrigué, je me mets à tenter de les mélanger. Je secoue mais rien n'y fait. Je secoue plus fort. Le coin de la table rencontre alors mon petit doigt de pied droit. Pris de douleurs, je saisis mon petit doigts de pied gauche et le masse. Malgré cela, je continue à ressentir la lancinance de cette lame de feu qui me traverse. Je ne comprends pas.

La douleur passée, je me lève. Je jette un regard suspicieux à mes deux orteils. Si j'avais pensé un jour. Une fois sur mes jambes, je reste pantois. Un éclair vient de traverser mon esprit, semant un doute terrible. Et si ils n'étaient pas les seuls ?

Inimaginable, on m'en aurait parlé. Ca se saurait, enfin. Les journaux se seraient saisi de l'affaire sans hésiter. Les sens aiguisés, je penche la tête. Je vois mes deux orteils qui se touchent par le sommet. Mon regard glisse sur mes pieds. Il s'arrête. Haussement de sourcil. Hochement de tête. Je vois au bout de mes pieds, côté opposé à mes orteils, deux renflements. Mais je les connais, ce sont mes chevilles.
Mais aujourd'hui, elles sont différentes. Elles sont ... non, ca parait trop bizarre. Pourtant, l'évidence est là, elles sont deux.

J'ai deux chevilles, deux gros orteils.
Je tombe sur ma chaise. Je regarde autour de moi. Table, chaise, canapé, TV allumée, lampadaire, carpette, tableau et photographies, oui, tout est là, tout est normal.
Mais j'ai deux chevilles. J'ai deux gros orteils. Et si ...

Fébrilement, je retiens mes mains. Je les sens se tendre au bout de mes bras et palper mes extrémités pédestres. Deux chevilles, deux gros orteils. Immatures, je les sens palper un petit orteil endolori, mais un autre non endolori, que je massais plus tôt. J'en aurai donc deux aussi. Je continue mon exploration, et la découverte est terrible. J'ai deux autres doigts de pieds, au même endroit.

Excité, je commence à me toucher à chaque endroit. Sans réfléchir, je touche mes jambes. J'ai deux genoux. Plus hauts, des cuisses. Deux. Plus haut, une aine. De chaque côté. J'en ai donc deux aussi. Une, deux, une deux. Deux, une. Un nombril. Je regarde, symétrie, mais non, je n'en ai qu'un !

Je me tâte, je me palpe, je me touche et me secoue. Epaule, un deux, coude, un, deux, main, profusion.
Deux mains, mais chacune. Je compte à voix haute tellement cela est irréèl. "Un, deux, trois, quatre, cinq" ... "six, sept, huit, neuf, dix" ... Dix, deux fois cinq doigts, dix doigts.
Un nez, deux narines, des dizaines de poils, deux yeux, 2 jeux de paupières, 4 en tout, deux sourcils, deux cils. Tempes, front, un seul, menton, un, un ou deux, ma fossette compte pour combien ?
Mes deux joues me fascinent, mon unique pomme d'adam me fait rire, mes oreilles me troublent, je ne les vois pas mais je les entends, une deux, une deux. Ces mots résonnent dans ma tête, je me mets à les hurler.

"UNE DEUX", une lèvre deux lèvres, "UNE DEUX" une épaule, deux épaules, "UNE DEUX", une clavicule deux clavicules ...

Pris de folie, je mets mes mains sur ma tête, transi, haletant. Mes mains tremblent, j'ai la gorge sèche. Mes doigts malgré moi commencent à bouger, à ressentir. Un crissement sous leur peau délicate, un feulement dans mes tympans. Je ressens cette houle. Un, deux, trois ... quatre ! Cinq. sixsepthuitnaufdixonzedouze ... Mais quoi, combien, combien ?

Je cours, je manque de tomber. Je me raccroche à une main, je pose les deux pieds, je suis sur un genoux. Je me regarde dans la glace. Une myriade, un deux une deux un deux un deux un un deux un deux. Et là, je comprends.
Je suis un amas de chiffres, de comptage. Je suis soulagé, je ne suis pas morcelé, je suis un tout. Une addition.
Ma main remonte vers mon crane. Petit pincement, petite accroche. Ca ne fait pas mal, ça n'est même pas désagréable.
Je tire.
Ca résiste. Je tire plus fort.
Un.
Ma main remonte.
Deux.
Encore.
Trois.
Plus vite.
Quatre, cinq ...

2 commentaires à cet article

Bon, depuis que t'as écrit ça, tu dois en être à peu près à 12.624, je crois qu'on est tranquilles pendant encore un moment !

Me suis rasé la tête, pour tout arrêter ...

Mais je me suis penché sur le sol ... !